Le barman du Ritz de Philippe Collin


Le roman «Le barman du Ritz» (2024) de Philippe Collin s’inspire d’un personnage réel, puisque Frank Meier a bel et bien existé. Il s’agit d’un Autrichien d’origine polonaise qui a migré vers les États-Unis. C’est là qu’il fut formé comme barman pour devenir plus tard l’un des barmans les plus connus en Europe. Il a effectivement publié un petit guide intitulé «L’Art du cocktail» dont il est question dans le roman. Meier est derrière son comptoir depuis les années 1920. Il connaît les secrets de chaque client. Quand les Allemands s’installent à l'hôtel en 1940, le Ritz devient un monde à part. 

Collin en fait son narrateur et le personnage central qui cherche à être discret tout en servant des cocktails à Hermann Göring, Coco Chanel, Sacha Guitry, Jean Cocteau et tout un lot de personnages célèbres qui fréquentent le Ritz.

La position de Meier au Ritz lui permet d’entendre beaucoup de choses et de connaître les habitudes des hauts dignitaires nazis qui s'y sentent comme chez eux. Il fait passer ce qu'il apprend à la Résistance. Mais cette proximité avec les occupants constitue également une menace pour lui, compte tenu de ses origines juives. Tous les jours il marche sur des œufs, il doit donc faire preuve d’une grande prudence pour survivre dans cet univers tendu.

Le bar du Ritz, Meier et les personnages qui gravitent autour représentent en quelque sorte l’image de la société française sous l’occupation; certains résistent, d’autres collaborent, d’autres ne cherchent qu’à préserver leur confort, alors qu’un grand nombre tentent simplement de survivre. Le Ritz devient ainsi un lieu où la petite histoire du quotidien, le destin des individus, se mêle aux grands événements de l’Histoire.

L’écriture journalistique de Collin a du rythme, c'est vivant. Chaque chapitre est une soirée au bar où il réussit à nous fait sentir l’ambiance. On entend et on voit les scènes comme si c’était un film. Il a aussi réussi à faire en sorte que la plupart des personnages ne soient ni bons ni mauvais. Ils sont à la fois lâches et braves, selon les circonstances auxquelles ils sont confrontés. Il s’agit d’un roman d’atmosphère bien documenté et non pas d’un thriller d'espionnage plein de rebondissements.


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