Le poids des secrets de Aki Shimazaki


«Le poids des secrets» est une pentalogie d'Aki Shimazaki, composée des cinq romans suivants: Tsubaki (1999), Hamaguri (2000), Tsubame (2001), Wasurenagusa (2003), et Hotaru (2004). Shimazaki en est maintenant à sa cinquième pentalogie avec «Ajisaï», publié en 2025. Cette histoire de secrets se déroule au Japon sur quelques générations, elle explore les vies de différents personnages liés entre eux, notamment Yukiko et Yukio, qui sont plus ou moins à la recherche de leur vérité.

Le premier roman, «Tsubaki» (camélia), est centré sur l'histoire de Yukiko, une survivante de la bombe larguée sur Nagasaki qui, après sa mort, laisse des lettres de révélation à sa fille Namiko. Nous sommes témoins des lourds secrets familiaux qu’elle y révèle et qui ont marqué sa vie, dont un meurtre qui passa inaperçu dans le contexte guerrier du moment. Yukiko révèle également avoir eu un demi-frère, Yukio, qu'elle a rencontré et aimé sans savoir qu'il était le fils du même homme, son père. Le roman entrelace le drame familial et la grande histoire, sans qu’elle occupe trop de place. On y apprend quelques éléments liés au déroulement de seconde guerre mondiale en Asie.

Dans «Hamaguri» (palourde), le deuxième tome,  Shimazaki nous racontent les retrouvailles de Yukio et Yukiko, des amis d'enfance de Tokyo qui se revoient adolescents et voisins à Nagasaki. Ils sont liés par un pacte scellé dans leur jeunesse, mais le passé et les secrets de famille vont compliquer leur rencontre et embrouiller leur sentiment. Les relations entre les deux familles laissent place à des malaises liés aux secrets entourant le père de Yukiko et son passé. L'explosion de la bombe atomique sur Nagasaki bouleverse leur vie, disperse les familles et enfouit les secrets.

Le troisième volet du cycle intitulé «Tsubame» (hirondelle) suit la vie de Mariko Kanazawa, une Coréenne devenue japonaise à cause du tremblement de terre de 1923. Le roman explore les secrets de famille liés aux origines coréennes de Mariko et à son adoption particulière. Le récit nous expose comment Mariko transmet son histoire à sa petite-fille Tsubaki, qui découvre peu à peu les secrets de sa famille et les mensonges qui ont façonné sa vie.

«Wasurenagusa» (Myosotis), le quatrième tome qui compose l’ensemble du «Poids des secrets», nous raconte plus spécifiquement l'histoire de Kenji Takahashi, un jeune homme issu d'une noble famille de la cour impériale, qui est stérile et divorcé. Il s'oppose à ses parents qui veulent choisir sa nouvelle épouse. Il trouve le courage d’affronter ses parents, il se marie avec sa nouvelle flamme sans leur accord et part refaire sa vie à Nagasaki.

Dans ce dernier volet de la pentalogie de Shimazaki intitulé «Hotaru» (luciole), Tsubaki, la petite-fille de Yukiko, rend visite à sa grand-mère malade, Mariko Takahashi, âgée de 84 ans. Elle y découvre, à travers leurs discussions parfois décousues, un secret de jeunesse de sa grand-mère concernant une relation complexe avec un homme de pouvoir manipulateur. On y apprend les circonstances troublantes de la rencontre entre Mariko et monsieur Horibe, une relation tendue dont on connaissait les conséquences par les romans précédents. Puis, grand-mère Mariko révèle finalement à sa petite-fille le secret le plus lourd à porter, elle lui confie comment Yukiko, la fille de Horibe, a empoisonné son propre père après avoir découvert comment il avait traité Mariko, et ce, juste avant que la bombe atomique ne frappe Nagasaki. Ces révélations se présentent comme une sorte de contrepartie, de boucle qui se ferme ou de miroir face au premier roman où Tsubaki laisse une lettre à sa fille.

Ainsi, au fil de ces cinq romans, la même histoire nous est racontée à cinq reprises, d’autant de points de vue et de narrateurs différents. Un procédé qui peut être déroutant, mais que je trouve fascinant. Une saga familiale dont les secrets sont dévoilés progressivement à travers les époques illustrées par des événements marquants de l'histoire japonaise.

Shimazaki expose également à travers ces romans le sort réservé aux femmes japonaises et le poids des traditions dans cette société fortement patriarcale. Dans cet œuvre portant su le «Poids des secrets», elle ose également évoquer ce qui peut être qualifié de secret «collectif», en parlant du massacre de Coréens suite au tremblement de terre de 1923. Les immigrants coréens ont longtemps été ostracisés au Japon et les relations nippo-coréennes demeurent fragiles.

Shimazaki a recours a une écriture simple, elle utilise des phrases courtes où chaque mot a son importance. On parle d’un style sobre et épuré. J’aime son écriture qui facilite la lecture. Elle arrive créer un univers complexe, rempli de personnages dont elle réussit à nous transmettre les émotions.


P.-S. Pentalogie - une pentalogie est un ensemble de cinq œuvres artistiques, littéraires, cinématographiques ou théâtrales, liées entre elles par un même thème ou une continuité narrative.

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