Dictionnaire amoureux du polar de Pierre Lemaitre

 Le Dictionnaire amoureux du polar de Pierre Lemaitre (2020) est un gros bouquin à feuilleter avec plaisir pour tous ceux et celles qui aiment les romans policiers. L’écriture de Lemaitre coule simplement, il est intéressant et on sent sa passion pour le polar.

En introduction, il fait un clin d’œil à deux ouvrages qui dressent humoristiquement la liste des codes pour l’écriture d’un bon polar. D’entrée de jeux, il annonce ses couleurs en mentionnant qu’il ne s’agit pas d’un ouvrage technique ou encyclopédique sur le roman noir ou policier. Il s’agit d’un recueil personnel de son appréciation de plus d’une centaine d’auteurs et de romans, le dictionnaire compte 245 entrées. Malgré cela, cet ouvrage est fait de choix, les siens et les assument. Ainsi, il n’y a rien sur Connelly, Irish, Nesbo, Carrisi, May, etc. et ainsi de suite. Il y a tellement d’auteurs de roman policier. Lemaitre se permet tout de même d’aborder les séries policières qu’il a appréciées, encore là, ses commentaires sont forts pertinents.

Son style est vraiment enthousiaste et il nous donne envie de découvrir de nouveaux auteurs. Comme dans un dictionnaire, le lecteur peut aller à la page qu’il veut et se promener de découverte en découverte. Il est vraiment amusant de voir ce qu’il écrit au sujet des polars nordiques. Un bon éditeur français devait avoir son «scandinave» pour ne pas passer pour un incompétent.  Dans les raisons du succès de ces polars, Lemaitre évoque le fait qu’ils ont osé mettre en scène la fin de la social-démocratie égalitaire; corruption, pédophilie, viol, proxénétisme, crimes violents, une insécurité généralisée. Toutefois, il souligne qu’ils se sont transformés et pas pour le mieux, selon lui. Les enquêteurs sont devenus des journalistes, des avocats ou des professeurs d’université et les aléas de leur privé ont plus d’importance que l’intrigue (phénomène qu’il nomme l’effet Lackberg). Dans un autre texte, le lien qu’il fait entre «De sang froid» et «L’Adversaire» est intéressant. Dans son entrée au sujet des grands prix littéraires, il expose clairement son opinion à l’effet qu’il n’y a pas de raison pour qu’il n’y ait pas de Goncourt, de Fémina, de Renaudot ou de Médicis, d’attribué à des romans policiers. Un peu plus loin il encense la maison d’édition Gallmeister, pour les choix qu’ils font. Ses textes au sujet de Larsson et Millénium sont des plus pertinents et vont droit au but. J’ai bien aimé ses commentaires sur la vie et l’œuvre de Vargas.

On peut lui reprocher sa subjectivité assumée et ses partis pris à l’égard de certains auteurs ou des façons de faire dans le monde du roman policier, mais cet ouvrage de plus de 800 pages méritent que les amoureux du polar s’y intéressent.


P.-S. Voici les deux ouvrages que Lemaitre propose pour écrire un bon polar:




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