Le roman «De sang-froid» (In Cold Blood), publié en 1965 par Truman Capote, est considéré comme l'un des classiques de la littérature américaine. Il a certainement été le plus grand promoteur du genre true crime. Ce roman est très proche du reportage journalistique auquel une touche de fiction romanesque a été ajoutée.
Toute l’histoire repose sur un quadruple meurtre survenu le 15 novembre 1959, dans la petite ville de Holcomb, au Kansas. Monsieur Herbert Clutter, un fermier prospère, sa femme Bonnie, et leurs deux enfants, Nancy (16 ans) et Kenyon (15 ans), ont été assassinés dans leur maison. Les Clutter incarnaient la famille idéale et ils étaient admirés de toute leur communauté.C’est une camarade de classe de Nancy qui a eu le malheur de découvrir les corps inanimés, car, normalement, le dimanche, elle se rend à l’église avec la famille. Les victimes sont retrouvées ligotées, la bouche entravée, et ils ont été tués d'une balle dans la tête tirée avec un fusil de chasse. Les meurtriers sont repartis avec seulement cinquante dollars, une paire de jumelles et une radio portative.
Rapidement on comprend que les auteurs du crime sont deux anciens détenus, Perry Edward Smith et Richard Eugene (Dick) Hickock. Ils se sont rencontrés au pénitencier de l’état du Kansas et ont planifié leur vol ensemble, en ayant à l’esprit qu’il ne devait pas y avoir de témoin. Une fois libérés sur parole, ils ont convenu qu’ils allaient perpétrer ce vol et s’enfuir au Mexique pour y vivre une nouvelle vie.
L'enquête sur ces homicides est menée par Alvin Dewey et ses collègues du Kansas Bureau of Investigation (KBI). Il est du coin, il connaissait un peu les Clutter. Les enquêteurs disposent de très peu d’indice, ils s’en prennent d’abord à Bobby Rupp , le copain de Nancy, le dernier à avoir quitté la maison la veille. Ils jettent un œil au voisin, puis à un pilote qui s’était écrasé dans un champ appartenant au Clutter. Ces pistes ne mènent nulle part, pendant six semaines, les enquêteurs piétinent.
La couverture médiatique de l’événement et de l’enquête est énorme et même une prime est offerte pour toute information pouvant faire avancer le dossier. C’est ce qui a permis à Floyd Wells qui entend parler du crime en prison de faire le rapprochement avec ses anciens codétenus Hickock et Smith. Wells a déjà été un employé d'Herbert Clutter et il a laissé entendre à son codétenu Hickock que Clutter possédait un coffre-fort rempli d'argent dans son bureau. C’est de là qu’est née l'idée du cambriolage et, bien entendu Hickock a fait part de ses intentions à Wells. Ce dernier a tout de même tardé à contacter la police puisqu’il avait peur qu’on l’implique dans le crime. Malgré cela, c’est grâce à ses révélations que Hickock et Smith sont arrêtés à Las Vegas le 30 décembre 1959. Dès le premier interrogatoire avant même de quitter Las Vegas, Hickock déballe tout en affirmant que c’est Perry Smith qui a tué les quatre membres de la famille Clutter. Puis, mis au fait de la déposition de Hickock, Smith donne sa version des faits en ne s’attribuant que deux des meurtres.
Les deux hommes sont rapidement mis en accusation et le procès a lieu à Garden City, le centre régional du comté de Finley dans lequel se trouve la ville de Holcomb. Malgré les tentatives de la défense pour faire valoir des troubles psychiatriques, notamment une possible schizophrénie chez Smith, ils sont reconnus aptes à être jugés par un comité de médecins locaux. La défense cherche, avec peu de moyens, à leur éviter la peine de mort. Le jury composé de douze hommes les déclare coupables des quatre meurtres prémédités. Ils sont condamnés à mort par pendaison. Ils réussiront tout de même à faire appel par-dessus appel, puis, après cinq années de ce type de démarches infructueuses, Dick Hickock et Perry Smith seront exécutés par pendaison au Kansas le 14 avril 1965.Capote a organisé son récit en quatre chapitres qui s'étale sur près de six ans. Tout au long du récit il passe d’un lieu à l’autre, permettant ainsi au lecteur de suivre ce qui se passe dans le village / enquête / procès et avec les suspects / meurtriers Hickock et Smith. J’ai apprécié cette forme et que le déroulement demeure chronologique. Malgré cela, l’écriture de l’auteur demeure romanesque avec une bonne dose de dialogues et de descriptions. Il approfondit également la psychologie de certains personnages. À cet égard, j’ai plutôt eu l’impression qu’il en faisait trop au sujet de Perry Smith. L’écriture de Capote est limpide, c’est agréable à lire. Il y a cependant des longueurs et l’effet dramatique est plutôt faible, il n’y a pas vraiment de crescendo.
L’auteur tente d’humaniser deux meurtriers en nous rappelant qu’il s’agit «d’humain» avec un parcours difficile qui ont aussi des parents, des frères et sœurs, etc. Ainsi, il peut soulever une réflexion chez les lecteurs au sujet de la violence et de la nature humaine. Il soulève également la question de la peine de mort en laissant plusieurs personnages s’exprimer pour ou contre. Est-ce une simple vengeance? Il paraît que le titre «De sang froid» fait justement référence aux meurtres et aux pendaisons... Je me suis également demandé jusqu’à quel point les personnages de Richard Eugene Hickock et Perry Edward Smith étaient véridiques parce qu’ils peuvent aussi paraître quelque peu stéréotypés, surtout Hickock.


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