La lecture de «Le langage de la meute» (2015 / Fifteen Dogs en version originale) de l'écrivain canadien André Alexis est pour le moins déroutante. C’est un roman où l’auteur utilise une meute de chiens pour nous faire réfléchir aux comportements et aspirations de l’être humain. Nous entrons donc dans une histoire où anthropomorphisme et philosophie se mélangent allègrement.
L'histoire débute dans une taverne de Toronto où deux dieux grecs Apollon et Hermès discutent autour d'une bière du réel apport de l'intelligence à l’existence des humains. En fait, ils se demandent si elle contribue à rendre les gens plus heureux. Hermès croit que oui, alors qu'Apollon soutient le contraire.Pour répondre à la question, ils concluent un pari. Ils donneront aux quinze chiens pensionnaires du chenil voisin, une forme de conscience et d’intelligence propre aux humains. Dans le contexte du pari, si au moins un chien meurt heureux, c’est Hermès qui le remporte.
Une fois que le sort en est jeté, les chiens réalisent immédiatement leur transformation. Ils s’évadent facilement du chenil. Devant cette nouvelle réalité déconcertante, trois chiens choisissent de rester au chenil de la clinique vétérinaire, préférant mourir. Ils meurent effectivement, désillusionnés et malheureux. La meute développe rapidement un nouveau langage plus complexe que leur communication canine primitive.
Les douze chiens restants installent leur tanière dans le High Park de Toronto. Malheureusement, après quelques jours d’évolution de la transformation, une division entre les «traditionnalistes» et les «progressistes» menace le bon fonctionnement de la meute. Les traditionalistes sont menés par Atticus, un imposant Mastiff, ce groupe souhaite revenir aux comportements canins traditionnels. Atticus trouve que cette nouvelle conscience de soi est intolérable, car elle remet en question sa brutalité instinctive. En prenant le titre de «chef», il interdit l'usage du nouveau langage et prône le statu quo. L’autre groupe inclut Majnoun, Prince, Bella, et Athéna, eux croient que leur nouvelle intelligence doit être utilisée et développée. Majnoun, estime que les chiens doivent apprendre à accepter leur nouvelle réalité et en tirer parti. Prince, de son côté, invente des mots, des jeux de mots et fait de la poésie canine.
L’intransigeance de Atticus, en tant que chef, l’amène à organiser l’élimination de tous les chiens qui refusent de se conformer à sa vision. Il organise avec Frick et Frack l'assassinat des dissidents, Athéna et Bella sont tuées alors que Majnoun est laissé pour mort, mais survivra. Benjy et Dougie se sont enfuis. Les dieux s’obstinent à savoir si ces chiens sont morts heureux ou pas…
Benjy et Dougie tentent de vivre chez une femme âgée, mais finissent par retourner à la meute. Mal leur en prit, car le groupe d’Atticus tue immédiatement Dougie. Benjy prépare une vengeance, il amène, par la ruse, le groupe d’Atticus dans un «jardin de la mort» où se trouve de la nourriture empoisonnée, tous meurent, y compris Atticus. Cependant, le dieu Zeus, qui admirait Atticus, exauce son dernier souhait à savoir que le responsable de sa mort soit puni. Benjy meurt empoisonné à son tour...
Majnoun, qui a été sauvé de la mort par Nira et Miguel, développe une relation particulière avec Nira, se permettant de «parler» avec elle. Le dieu Hermès, craignant que Majnoun ne meure jamais heureux sans Nira, lui accorde le don de percevoir les nuances du comportement humain, mais cela aura l’effet inverse. Ce don crée un lien encore plus profond entre Majnoun et Nira. Lors de la mort de Nira, Majnoun, le caniche, sombre dans un profond chagrin et meurt de désespoir.
Prince de son côté, après avoir fui la meute grâce à un avertissement mystique d'Hermès, devient un véritable poète. Il se délecte de ses nouvelles capacités linguistiques et il a trouvé refuge chez une famille bienveillante. Encore une fois, les dieux s’en mêlent, inquiet de perdre le pari devant le bonheur apparent de Prince, Apollon le prive de la vue, puis de l'ouïe. Mais, malgré ces graves écueils, Prince réalise qu'il peut transmettre son don à d'autres. En mourant, Prince ressent le bonheur et Hermès remporte le pari.
Il faut vraiment avoir l’esprit vif pour percevoir les enjeux «métaphysiques» que l’auteur met de l’avant. Pour ma part, j’ai réalisé que la cruauté apparente du récit se rapproche encore plus de la réalité ambiante de 2025, médias sociaux aidants. Le roman soulève des questions au sujet de notre intelligence et de notre conscience, en lien avec les valeurs ou la morale. D’autre part, j’ai fait le lien avec «La Ferme des animaux» de George Orwell, mais l’analogie de Orwell est beaucoup plus évidente. Ici, on comprend qu’il est question du bonheur, de ce qui rend les gens (et les chiens) heureux et nous avons même accès à une perception des chiens vis-à-vis des humains. On peut y voir quelques éléments de réflexion sur l’amitié, sur la mort bien sûr. Tout cela ne m’a pas sauté aux yeux, j’y ai réfléchi parce que l’éditeur le soulève en quatrième de couverture. La vie de la meute est-elle le reflet de nos vies en société? J’ai bien aimé cette aventure de la meute, et le lecteur veut savoir le sort réservé à chacun des chiens, on le lit rapidement.

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