«Au revoir là-haut» (2013) de Pierre Lemaître, c'est surtout le récit du retour de la guerre 1914-1918 de trois militaires français: Albert Maillard, Édouard Péricourt et Henri d’Aulnay-Pradelle. Bien qu'ils fassent partie du même régiment, le lien qui unit Albert et Édouard est le fruit d'un acte de désespoir, de courage ou de bravoure? Pendant un dernier assaut, Albert se retrouve enterré dans un trou d’obus face à la tête d'un cheval mort qui lui fournira un dernier souffle pendant qu'Édouard l'ayant repéré tente de le dégager en creusant. Édouard y parvient et réanime Albert, mais debout sur sa jambe valide, il reçoit un éclat d'obus en plein visage...
Cette scène troublante propre à la guerre prend une autre tournure lorsque l'on comprend pourquoi et comment elle a eu lieu. Français et Allemands attendaient la fin de la guerre annoncée, chacun de leur côté des tranchées, mais le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle y voyait plutôt une occasion d'obtenir son grade de capitaine en prenant cette côte 113, frustration de l'état-major. Il envoya deux éclaireurs qui se sont aussitôt fait tirer comme des lapins ce qui enclencha comme prévu un assaut de son régiment et des tires d'artillerie des deux côtés. Le scénario d'Aulnay-Pradelle visait à faire croire que les Boches ont tué deux de ses hommes, mais Albert a compris que c'est le lieutenant qui leur a tiré une balle dans le dos. Le lieutenant comprend qu'Albert est plus perspicace qu'il en a l'air et fonce vers lui et le pousse dans un trou d'obus où Albert se voit rapidement enseveli par une autre explosion. Édouard, qui de son côté tente de placer un garrot sur sa jambe blessée, se demande ce que peut bien faire d'Aulnay-Pradelle, debout, immobile, à regarder au fond d'un trou d'obus puis rebrousser chemin. Sans savoir ce qui le pousse vraiment et se déplace en rampant jusqu'au trou en question pour constater qu'il y a un soldat en dessous des gravats... Édouard et Albert se retrouvent ainsi unis pour la vie... ou la mort.Albert, bien que traumatisé par les événements, tente de faire tout ce qu'il peut pour son frère d'armes Édouard défiguré par l'éclat d’obus. La société française faisant face à de grands défis au retour de la guerre, elle n'est pas en mesure d'aider adéquatement des militaires «blessés» comme Albert et Édouard. Pour faciliter leur démobilisation vers la ville, Albert ira jusqu'à interchanger l'identité d'Édouard avec un soldat mort au combat. Il en informera d'ailleurs la famille, ce qui ne sera pas sans lui causer quelques ennuis. Édouard est devenu accroc à la morphine pendant qu'Albert passe une grande partie de son temps à tenter de lui en trouver. De son côté, Henri d’Aulnay-Pradelle est devenu capitaine, sa tactique ignoble n'ayant pas été dénoncée. Comble de l'ironie, il épouse la sœur d'Édouard, Madeleine Péricourt, pour bénéficier des contacts et éventuellement de la fortune de son père. Il investit dans le rapatriement et les sépultures des militaires morts pour la patrie.
Comme Édouard vit reclus dans leur minuscule appartement, il dispose de beaucoup de temps. Il fabriquera plusieurs masques pour transformer son «visage inexistant» en autre chose de plus regardable. Tous les jours, il lira les journaux et c'est là qu'il prendra son idée de «génie»... ou complètement immorale du point de vue d'Albert. Ils s'obstineront jusqu'à en venir aux coups, mais Albert finira par lui donner raison... en se disant: et si ça marchait! C'est ainsi qu'Édouard et Albert entreprennent de vendre de faux monuments patriotiques pour commémorer les soldats morts au front avec une promesse de livraison pour le 14 juillet. La réussite de l'escroquerie repose sur le talent exceptionnel d'Édouard pour le dessin et sur la nécessité de verser une avance... Édouard pousse le bouchon un peu plus loin, il répond à un concours pour un important monument à être installé dans sa municipalité d'origine. Encore une fois, l'auteur attache les pièces du puzzle en faisant de Marcel Péricourt le père d'Édouard, le commanditaire de cette œuvre. Il faut se rappeler que monsieur Péricourt croit son fils mort au combat, mais un doute subsiste parce que l'histoire racontée par Albert est trop «évidente».
Pendant que l'argent de l'arnaque s'accumule, Albert et Édouard se voient déjà dans les colonies, mais les journaux commencent à parler d'une fraude inimaginable. En fait, il est question des monuments inexistants, mais aussi des sépultures bafouées par des entrepreneurs sans scrupules. Les raccourcis empruntés par d’Aulnay-Pradelle pour augmenter ses profits sont mis au jour grâce à un fonctionnaire incorruptible.
Je ne vous divulguerai pas la ou les fins, mais le lecteur n'est pas déçu. Il s'agit vraiment d'un roman hors du commun dans lequel se retrouvent toutes sortes d’ingrédients pour tenir le lecteur en haleine et l'inciter à se rendre jusqu'à la fin. On comprend aisément que des producteurs aient voulu en faire un film.

Commentaires
Publier un commentaire